Conseils d’achat d’un piano d’occasion


Vous voulez récupérer le piano des grands-parents ? Quelqu’un vous donne un piano qui ne sert plus ? Vous voulez racheter un piano bon marché que vous avez trouvé sur un site de seconde main en vous disant que ça fera toujours l’affaire pour débuter, et qu’il suffit de le faire accorder ? Ce n’est malheureusement pas toujours si simple. Le fait qu’une touche produise une sonorité n’est pas synonyme de bon fonctionnement. Les annonces sont innombrables et toujours dans la même veine : « piano en bon état, il suffit de l’accorder ». Si vous voyiez une annonce pour une vieille voiture, sans contrôle technique, avec comme description « en bon état, il suffit de mettre de l’essence », vous vous méfieriez, et à juste titre. Vous demanderiez à un garagiste de l’inspecter pour ne pas vous retrouver avec des réparations coûteuses, ou avec une voiture tellement désagréable à conduire que cela vous ferait abandonner la voiture au profit du bus.

L’achat d’un piano d’occasion entre particuliers est un domaine délicat. Les bons pianos d’occasion existent, mais sont rares. En fonction de la qualité de fabrication, un piano peut avoir une durée de vie de 30 à 100 ans voire plus pour les meilleures marques. Malheureusement, le marché regorge d’instruments qui sont en fin de vie, n’ont pas été conservés dans de bonnes conditions ou n’ont pas reçu l’entretien nécessaire pour rester en état. Ne vous fiez pas aux apparences !

Traces d’usure des marteaux sur un piano non révisé


Un meuble en bon état peut cacher de nombreux défauts. Pour un œil non-initié, tous les pianos se ressemblent. Or, certains pianos sont d’une conception structurelle et mécanique obsolète, et même si en apparence ils fonctionnent encore, ce ne sont plus des instruments valables, même pour un débutant. Ces instruments sont le calvaire de tous les spécialistes du piano, car ils sont peu fiables, fastidieux et très coûteux à entretenir. Le technicien se retrouve alors dans le position délicate où il doit annoncer que le piano que vous avez récupéré chez un voisin est inaccordable et donc juste bon à regarder, ou que le piano familial que vous avez rapatrié avec beaucoup de difficulté de chez les grands-parents est un cadeau empoisonné pour votre enfant, qui risque d’être bien vite dégoûté du piano avec un tel instrument… Ce qui est d’autant plus délicat que l’on peut se demander si le technicien ne dit pas cela simplement pour vendre un piano neuf. C’est pour cela que vous trouverez ici des conseils sur l’achat d’un piano entre particuliers qui, nous l’espérons, permettront à certaines personnes d’éviter un mauvais choix, et nous évitera d’avoir à annoncer une mauvaise nouvelle bien désagréable le jour où vous nous appellerez pour venir l’accorder ! Voici une énumération d’éléments soit structurels, soit en rapport à l’état d’un piano, qui sont classés en « carton rouge » ou en « carton jaune ».
La présence d’un seul carton rouge doit vous inciter à délaisser ce piano en tant qu’achat potentiel, même si il est gratuit. Un piano n’est d’ailleurs jamais tout à fait gratuit, car il faut au minimum le transporter et le faire accorder (+/- 100€ pour l’accord, à effectuer un ou deux mois après le déménagement, le temps que les bois du piano s’habituent au nouvel environnement).
Un carton jaune n’est pas disqualifiant en soi, certains de ces pianos peuvent être accordables, jouables et sonner correctement, voire même mériter une rénovation complète, mais ça reste une exception. Un carton jaune est souvent la pointe de l’iceberg, un signe de la présence d’autres problèmes sous-jacents. Il vaut donc mieux également éliminer ces pianos, ou à tout le moins les faire expertiser avant achat. Le marché de l’occasion est suffisamment fourni pour ne pas prendre de risque lorsque l’on constate un de ces défauts. Au minimum, cela doit entraîner une baisse de valeur conséquente de l’instrument.
Il existe des exceptions à ces règles, mais elles sont extrêmement rares.

Carton rouge : cadre en bois ou demi-cadre.
Le cadre en fonte (souvent peint en doré, mais il peut être de n’importe quelle couleur) doit faire toute la hauteur du piano, et être exempt de fentes. Nous avons déjà vu des pianos à vendre avec un cadre cassé ! Si le cadre s’arrête en-dessous des chevilles (à l’extrémité supérieure des cordes), c’est un demi-cadre. Il y a parfois des renforts au-dessus des chevilles, mais ça ne vaut pas un vrai cadre complet comme sur la photo ci-dessus.

Carton rouge : cordes parallèles.
Conception trop ancienne. Les cordes doivent être croisées : elles ne sont pas verticales et les cordes de basse côté gauche passent par-dessus les cordes aigues.

Carton rouge : fentes dans le sommier.
Voir la photo ci-dessus. C’est dans le sommier que sont vissées les chevilles qui servent à accorder les cordes. S’il y a des fentes ou que les chevilles piquent du nez, c’est-à-dire qu’on voit un espace au-dessus parce que le trou s’est ovalisé, fuyez. Le piano sera inaccordable.

Carton rouge : mécanique à baïonnettes.
Les étouffoirs sont actionnés par un mécanisme doté de tiges métalliques (baïonnettes) verticales situées devant la mécanique. On les reconnaît aussi par la planche de bois qui couvre la mécanique. Carton jaune : présence de mites.
Les mites mangent les feutres et les tissus à l’intérieur du piano. Cela peut être anodin, maiscela peut aussi s’avérer catastrophique selon l’étendue des dégâts. Potentiellement, la mécanique ne fonctionnera pas correctement, il y aura des frottements, du jeu, des bruits, et une restauration sera toujours plus coûteuse si il faut remplacer des feutres. On peut le voir en cherchant des miettes de feutres dans la mécanique ou en-dessous du clavier.

Carton jaune : fentes dans la table d’harmonie.
On peut inspecter la table d’harmonie par l’avant en enlevant les panneaux verticaux au-dessus et en-dessous du clavier, mais la vue est beaucoup plus dégagée par l’arrière. Il s’agit d’une planche d’épicéa de moins d’un centimètre d’épaisseur qui amplifie la vibration des cordes, qui lui est transmise par le chevalet. Si le bois est fendu (la plupart du temps dans le sens des fibres du bois, suite à des variations excessives d’hygrométrie ou de température), la résonance, et donc la qualité de son du piano, en pâtit. De plus, si la table a travaillé, il y a de grandes chances que d’autres parties du piano aient également fait les frais de ces mauvaises conditions de conservation. Profitez-en aussi pour repérer des fentes dans le chevalet ou toutes les autres parties en bois visibles.

Carton jaune : traces d’humidité, conditions d’entreposage.
Les traces d’humidité, de moisissure ou de gonflement du bois sont un autre marqueur de mauvaises conditions de conservation, qui peuvent impliquer une mécanique en mauvais état de fonctionnement, une mauvaise sonorité et de gros frais de restauration.

Illustration des éléments techniques d’un piano :

A gauche, mécanique à baïonnettes avec structure en bois au-dessus des marteaux et tiges métalliques devant la mécanique, à éviter. A droite mécanique moderne avec étouffoir à lames, rien au-dessus des marteaux et pas de tiges métalliques. On voit aussi les cordes parallèles à gauche (verticales) et les cordes croisées à droite (penchées).
Mécanique à baïonnettes demi-cadre en fonte (en noir) et cordes parallèles (verticales).
Ici, on voit bien le cadre en fonte noir qui s’arrête en-dessous des chevilles (voir la vis à gauche de la photo), avec un renfort doré au-dessus qui pourrait faire croire à un cadre complet, mais ce n’est pas le cas.
Mécanique à baïonnettes, cordes croisées, demi-cadre en fonte avec renfort au-dessus.
Une autre photo du même piano, il manque des cordes et des chevilles au milieu.
Belle illustration d’orifices de chevilles ovalisés avec un écart catastrophique au-dessus des chevilles. Ce piano est inaccordable, remplacer le sommier est très coûteux et ce genre d’opération est réservé à des pianos de grande valeur. C’est aussi à cet endroit, autour des chevilles, qu’il faut rechercher la présence de fentes dans le sommier.
Sur les pianos plus modernes, on ne voit pas le sommier car il est couvert par le cadre en fonte, comme ci-dessous. Dans ce cas, on ne peut pas voir les fentes, mais on peut voir si les chevilles piquent du nez et on peut aussi l’entendre si le piano est désaccordé de façon irrégulière.

Vous pouvez également consulter cet article intéressant écrit par Alain Chauvel, un technicien accordeur français qui ne vend pas de pianos, et qui a donc un avis non biaisé. Nous sommes en accord avec quasiment tout ce qu’il écrit dans ses conseils d’achat d’un piano d’occasion :
https://www.alainchauvelaccordeurdepianos.fr/ACHETER-UN-PIANO-D-OCCASION.html